Publiée en 1915, La Métamorphose de Kafka est un livre souvent classé dans le genre fantastique, en raison de son thème : la transformation d’un homme en insecte.
Mais c’est sans compter la dimension symbolique de cette œuvre et la multitude d’interprétations que l’on peut en avoir en se plongeant dans ses lignes (on en dénombre déjà 128 en 1973). Cette métamorphose devient alors un prétexte pour étudier le comportement humain et, au passage, le psychisme de Kafka (beaucoup d’interprétation identifient le héros comme une représentation métaphorique de Kafka lui-même).
Gregor Samsa, notre héros, est un homme tout à fait ordinaire. Voyageur de commerce au sein d’une entreprise pour laquelle il est contraint de travailler afin d’éponger les dettes de son père. Employé modèle et craintif, homme solitaire, il mène une existence banale et tranquille.
Mais un matin, il se réveille dans la peau d’un cancrelat. C’est le point de départ de sa déchéance, lui qui la faisait vivre, il devient un poids pour sa famille, qui, effrayée, ne sait pas très bien comment réagir face à cette situation et ne cherchera pas à comprendre ce que peut bien ressentir Gregor.
Kafka fait dans ce livre, un réel travail sur la psychologie des personnages. Avec la transformation de Gregor, c’est toute la famille qui se métamorphose. En particulier sa sœur cadette. Celle qui était dénigrée par ses parents devient leur nouveau pilier, se décrétant spécialiste pour s’occuper de son frère. Mais le soin qu’elle lui apporte relève plus de la pitié que de la véritable fraternité. C’est elle qui désormais a le pouvoir, n’hésitant pas à déformer et amplifier la réalité pour rallier ses parents à son avis.
Dans ce roman, on trouve également la question de la perte d’humanité. Gregor ne peut plus communiquer, sa famille, qu’il effraie, ne sait pas qu’il est toujours capable de penser. Lui-même est effrayé de finir par perdre ce qui faisait de lui un homme. De n’être plus qu’une bête, un monstre. Et c’est bien ainsi que le traitera son père (retour à la psychologie de Kafka et à ses rapport avec son propre père) envers qui pourtant, Gregor ne ressent aucune hostilité.
Ce portrait d’une famille ordinaire montre donc à quel point un changement peut venir bouleverser le mode de vie et le comportement, d’un groupe auparavant soudé.
Si vous êtes du genre à vouloir tout expliquer, passez votre chemin, car, à aucun moment on nous explique le pourquoi de la transformation et aucun des protagonistes ne se posera la question. Mais cette nouvelle, toujours d’actualité malgré son âge, reste une bonne réflexion sur l’être humain.
La citation à retenir : «Était-il un animal, alors que la musique le bouleversait tant ?» A méditer…